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Studio Hertrich et Adnet, l'élégance dans la fantaisie


Par Barbara Poirette

Lorsque deux sensibilités complémentaires se rencontrent, la décoration s'élabore en grand et aux quatre coins du monde. C'est par l'entremise d'un ami commun, que Marc Hertrich et Nicolas Adnet se rencontrent. Le premier issu d'une famille d'ébénistes fait ses armes à l'école Boule puis intègre notamment l'agence d'architecture de Michel Boyer. Le second se détournera de fonctions administratives qui même exercées dans la maison de couture Lanvin, étouffent une fibre créative qui ne demande qu'à s'exprimer. De leur rencontre puis de leur association naitra le Studio Marc Hertrich & Nicolas Adnet, aujourd'hui renforcé d'une vingtaine de collaborateurs.



Hôtel Eastwest, Genève, Suisse.
Hôtel Eastwest, Genève, Suisse.
Une complicité de goûts et de création que le duo d'architectes d'intérieur exerce majoritairement dans des hôtels et des restaurants. « Il nous arrive d'avoir des points de vue différents. » Des confrontations qui permettent au studio d'aboutir à des mises en scène très fortes. « L'échange est stimulant, constructif, plus enrichissant pour les projets que nous menons comme pour ceux qui y participent. L’objectif est de rendre le lieu qui nous est confié unique. » Et la réflexion est d’autant plus riche qu’elle agrège des sensibilités et des compétences différentes. « Nous avons la chance d'avoir des collaborateurs doués de créativité, mais aussi d'écoute et de contribution » poursuit Marc Hertrich. Un studio à esprit d'atelier où chacun apporte son bagage culturel, technique mais aussi sa sensibilité artistique aux projets. Une multiplicité des regards qui permet également d'échapper à la répétition et d’appréhender les nombreuses facettes des projets. Certains collaborateurs ont une fibre artistique très poussées, d'autre une fibre technique plus développée, deux hémisphères indispensables à la créativité dans des lieux où le décor est indissociable et aussi important que son envers. Souvent porteurs d'idées fortes, les hôtels sont des lieux exigeants sur le confort mais également dans la fluidité de la circulation et font intervenir une multitude de corps de métier, techniques, précis, normés.

Bar Le Link, Sofitel de Strasbourg, France.
Bar Le Link, Sofitel de Strasbourg, France.

La philosophie du rêve

Marc Hertrich et Nicolas Adnet sont toujours en quête de choses nouvelles. La répétition a la facilité de l’habitude mais aussi le goût d’une uniformité lassante. « Nous intervenons sur des lieux de réception, des hôtels, des restaurants porteurs de plaisir, de détente, de dépaysement, de rêve. L’objectif est d’imaginer des lieux vivants, surprenants… uniques. Ces espaces de création nous plaisent énormément, même si ponctuellement nous continuons d’intervenir chez des particuliers… Notre métier consiste à mettre en scène des lieux qui sont des théâtres de vie. La part du rêve est constante, même si elle se dose différemment selon que l’hôtel est urbain ou s’il domine une plage tropicale. Pour les hôtels d’affaires, la rêverie est plus retenue. Il nous faut néanmoins trouver une ambiance propice à détendre les hommes et femmes d'affaires qui y séjournent. Le chalenge est intéressant, d’autant que le cadre immédiat des hôtels urbains ne favorise pas toujours le dépaysement. Les hôtels et les restaurant forment une riche palette de situations, de conditions et de dispositions, une somme d'informations qui s’ajoutent, se superposent et un exercice qui nous plait beaucoup », poursuit-il.

La physionomie du projet

« Nous commençons par demander au client ce qu’il envisage pour le lieu, ses ambitions, afin d’orienter notre réflexion » précise Marc Hertrich. C’est aussi l’occasion de prendre la mesure des contraintes techniques, locales… qui ne sont évidemment pas les mêmes aux Maldives qu'à Paris. « Nous pourrions parfois faire jusqu’à cinq propositions pour un même projet et je suis certain qu'une autre agence apporterait encore d'autres idées » poursuit-il. La définition du cadre permet également de comprendre la nature du lieu et d’intégrer ses caractéristiques à la réflexion : le rang de l'hôtel, sa capacité d’accueil, la clientèle visée un public d'affaire ou touristique, les surfaces des chambres…

Sofitel de Lisbonne, Portugal. « Nous aimons les endroits travaillés, le contemporain n’est pas obligatoirement lisse » nous confie Marc Hertrich.
Sofitel de Lisbonne, Portugal. « Nous aimons les endroits travaillés, le contemporain n’est pas obligatoirement lisse » nous confie Marc Hertrich.

Sofitel de Lisbonne, Portugal.
Sofitel de Lisbonne, Portugal.
Les idées se mettent progressivement en place et la trame de l’histoire prend forme. Un fil rouge qui donne sa cohérence au projet et permet d’élaborer l’univers unique dans lequel Nicolas Adnet et Marc Hertrich vont transporter le lieu et ceux qui y séjourneront. S’ils se laissent volontiers inspirer au quotidien, le duo stimule sa réflexion, s’imprègne pour mieux imaginer. Des nourritures de l’esprit qu’il trouve à la lecture de magazines et de livres, mais aussi à la fréquentation des restaurants, des musées, des villes et de leurs environs afin de découvrir la culture, l’architecture, la mode, les savoir-faire… Ensuite c'est une affaire de dosage, entre la part fonctionnelle qui organise le lieu et la part de magie qui lui sera insufflée. « La grande majorité des chaînes hôtelières a tourné la page de la duplication. Selon les clients, les projets s’inscrivent plus ou moins dans le lieu dans la culture locale. Mais aujourd’hui, le ClubMed est peut être celui pour lequel nous nous intéressons le plus au pays et même à la région d’implantation puisqu'il s'agit de lieux de découverte, de tourisme, de fête, avec l’idée de ne pas tomber dans la facilité de la caricature » explique Marc Hertrich.

Territoires de découvertes

Gourmands et gourmets, Marc Hertrich et Nicolas Adnet expriment un goût prononcé pour le design et l’expression moderne, mais restent curieux de tout, « les antiquités, des objets très raffinés ou très bruts, toutes les palettes de style et d'expression nous intéressent ». Un intérêt qui se porte avant tout sur la qualité du produit, son originalité, le savoir-faire dont il est issu : du souffleur de verre jusqu'aux technologies de pointe… Charge au Studio de tout mettre en œuvre pour faciliter le service, tant dans l’esthétisme des ambiances que dans le dessin d'une réception, d'un restaurant… Il s’agit tout à la fois de faciliter le fonctionnement et de susciter l’évasion.

Restaurant La Gare à Paris.
Restaurant La Gare à Paris.
Chaque projet donne lieu à une nouvelle histoire qui doit sonner juste. L'une des façons d'y parvenir est de s'intéresser au local, de découvrir des cultures, sans s’arrêter au folklore ou aux arts populaires. Attentifs à tout ce qui les entoure, ils dessinent des ensembles contemporains nourris de la culture du pays ou de l’esprit du lieu, enrichis de matériaux authentiques, des pierres, des bois, des tissus, des cuirs, issus du bassin local, mais le Studio travaille également avec les industriels, les artisans ou encore les artistes locaux. Pour Marc Hertrich, le Mexique a été une expérience exemplaire. Pour mener à bien les projets de Cancun et celui d’Ixtapa, deux Clubs inscrits dans des environnements totalement différents, ils visitent quelques villes au centre du pays, des ateliers et prennent énormément de photos des gens, des costumes, des couleurs de terre, de tissus… « Pour Cancun nous avons fait réaliser des statues en terre de trois mètres de haut, faites à la main, à l'effigie de dieux inspirés de la culture aztèques dans un cadre composé d’éléments extrêmement contemporains. Aujourd’hui, la création contemporaine mexicaine est encore rare, à l’exception de quelques références comme les architectes Luis Barragán ou Ricardo Legorreta, avec des hôtels aux couleurs très fortes, mais dont les carrières ont connu leur apogée dans les années 80-90. Ce n’est qu’une question de temps » poursuit Marc Hertrich.

Studio Hertrich et Adnet, l'élégance dans la fantaisie

L’art d'être contemporain

Hôtellerie ou restauration, le duo cherche avant tout à créer des endroits de bien être, même si ce bien être trouve différentes formes selon les projets. « C’est pour moi une donnée élémentaire. Même dans le meilleur restaurant du monde, si vous êtes mal assis vous ne passerez pas un bon moment. Il nous faut penser à tout cela, trouver le moyen de faire passer un bon moment au gens, le temps d’un repas ou d’un séjour » souligne Marc Hertrich. Reste à identifier la variation contemporaine dans laquelle s’inscrira le lieu.«  Pourquoi limiter la création d’aujourd’hui à la copie ou à la réinterprétation du XVIIIe siècle. Si l’exercice peut s’avérer amusant et même pertinent dans le cadre d'un projet, cette obstination à ressasser les styles indéfiniment confine à l’ennui. Notre époque, comme celles l’ont précédée, doit vivre avec son temps d’autant que les matériaux et les techniques d’aujourd’hui donnent matière à la création » poursuit-il.

Le Estwest (Genève) dont l’atmosphère est nourrie de références africaines et asiatiques, se voyait distingué du Small Luxury Hotel of the World peu de temps après son ouverture.
Le Estwest (Genève) dont l’atmosphère est nourrie de références africaines et asiatiques, se voyait distingué du Small Luxury Hotel of the World peu de temps après son ouverture.
Parmi tous les langages contemporains, les deux architectes d’intérieur privilégient ceux qui permettent d'élaborer des atmosphères chaleureuses, cosy. Une donnée importante, bien que Marc Hertrich en reconnaisse la nature subjective. « Nous avons connu les ambiances froides et rigides des années 80, proprement inconfortables. Aujourd’hui, nous voyons apparaitre des lieux très froids, des restaurants ou des hôtels dans lesquels je n'aurais personnellement pas envie de prendre du temps au-delà de la curiosité ». Seul trait commun à toutes leurs interventions, le confort et la recherche du bien être et c'est là qu'intervient la notion de contemporain chaleureux.

Mélomanes de l'espace

Le projet donne la note et détermine l’harmonie qui bientôt remplira le lieu d’une nouvelle allégresse. Metteurs en scène, Marc Hertrich et Nicolas Adnet sont également chefs d’orchestre d’un philharmonique complet : du gros œuvre aux petites mains, de la masse au froissement d’un tissu de soie. Selon le lieu, l’atmosphère se chargera d’une symphonie très contrastées ou très douce, sera parcourue de notes brutes adoucies de dentelle ou ponctuée de note chaudes tempérées d’accents froids… Des équilibres qui se nouent à différents niveaux, techniques et décoratifs, pour donner au lieu tout son relief. Les volumes se définissent, s’enchainent, le lieu trouve son rythme et ses respirations : grandes allées, couloirs intimes, alcôves, mezzanines, atmosphères feutrées ou baignées de lumière. Ils jouent de la sonorité tactile des matières, de la résonance des couleurs qui tiennent une grande place dans leur travail, et laissent chanter objets décoratifs, œuvres d'art et arts de la table… « Les matériaux bruts ou sophistiqués, les couleurs qu’elles soient foncées ou claires, le noir, le blanc, les objets et jusqu'aux poignées de portes, tous ces éléments participent d’un équilibre et à chaque lieu, c’est une nouvelle partition qui s’écrit » souligne Marc Hertrich.

Cancun et Ixtapa, deux visages du Mexique, deux histoires hautes en couleurs et en fantaisie mises en scène pour le ClubMed par Marc Hertrich et Nicolas Adnet. « Nous avons imaginé des tableaux très différents pour les espaces de restauration de Cancun et il est possible de dîner dans la cuisine, la salle à manger ou le salon d’une hacienda imaginaire… »
Cancun et Ixtapa, deux visages du Mexique, deux histoires hautes en couleurs et en fantaisie mises en scène pour le ClubMed par Marc Hertrich et Nicolas Adnet. « Nous avons imaginé des tableaux très différents pour les espaces de restauration de Cancun et il est possible de dîner dans la cuisine, la salle à manger ou le salon d’une hacienda imaginaire… »

« Pour Ixtapa, nous sommes partis sur l'idée d'une sorte de Maria Félix qui y aurait habité l’endroit, nous avons fait entrer l’exubérance dans ce lieu et donné un tempérament glamour aux suites et aux chambres ».
« Pour Ixtapa, nous sommes partis sur l'idée d'une sorte de Maria Félix qui y aurait habité l’endroit, nous avons fait entrer l’exubérance dans ce lieu et donné un tempérament glamour aux suites et aux chambres ».
La lumière apporte elle aussi sa musicalité. « Elle est devenue primordiale. Nous sommes accompagnés d’un éclairagiste sur pratiquement tous nos projets ». La lumière va appuyer les ambiances chaudes ou froides, sublimer des éléments du décor comme les sculptures, accentuer ou gommer des éléments d'architecture, influencer la perception des volumes, renforcer l'intimité ou la clarté… « L’éclairagiste est un soutien précieux. Au ClubMed de Bali, l’allée qui mène à la réception est bordée de deux bassins et abritée d’une toiture très Balinaise sur la charpente de laquelle notre éclairagiste a reproduit les reflets de la lumière à la surface de l'eau. Nous savons les éléments que nous souhaitons valoriser, la chaleur que nous souhaitons donner à chaque espace, nous connaissons les grandes lignes et sommes capables d’idée, mais l'éclairagiste apporte énormément à la réflexion par son expérience, son appui technique et sa vision artistique » poursuit-il.

Quant au doute… « Nous doutons en permanence et c’est rassurant ! Il évite de faire n’importe quoi, il oblige à rester vif, humble face aux projets. C’est difficile parfois de l’éliminer, mais le travail d’équipe permet de laisser le doute à sa place de garde fou. Nous pouvons être provocants, sages, grandioses, exubérants, décalés, drôles suivant les projets mais les créations doivent tenir la route, l'acte gratuit n'a pas sa place » conclu Marc Hertrich.
www.studiomhna.com