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livres et édition

Manuela Paul-Cavallier - Noir d'Or

Catalogue d'exposition, Texte de Barbara Poirette, Galerie le Pré au 6


Par Barbara Poirette

Au delà de la forme, du dessin, transparaît le cheminement de la préparation. Un trait d’union entre l’artiste et l’artisan.



Manuela Paul-Cavallier - Noir d'Or
De la restauration à l’art, la matière reste. Seules l’intention et l’expression changent. Profitant de cette liberté, Manuela cherche, éprouve, expérimente d’anciennes techniques. L’inventaire des ingrédients peuple une poésie iconoclaste : fiel de bœuf ou d’ail, colle de lapin ou de poisson, blanc d’œufs hors d’âge et mal odorant, sandragon, bois de campêche, aloes, brou de noix, pistil de lys en décoction, gommes laque ou arabique ; mise en couleurs par une palette de pigments bruts : noir d’ivoire, de fresque, de pêche ou de vigne - chacun ayant des qualités propres de densité, d’accent, de luminosité et de profondeur - rouge, vermillon, rose magenta, bleu de Prusse ou d’outremer, pour ses principales affinités. Autant de mots, d’odeurs, de textures et de couleurs habitent l’atelier animé du vol des feuilles d’argent ou d’or portées par la caresse des pinceaux et brunies à la pierre d’agate. Ici règne une sensibilité à fleur de derme. Les feuilles d’argent et d’or qu’il soit blanc, rose, jaune, vert… reçoivent l’exclusivité de Manuela qui n’apprécie ni la lourdeur ni le bruit des feuilles de cuivre ou d’aluminium.

C’est à l’expérimentation de la matière et à la réalisation d’échantillons que l’impulsion artistique se fait jour. La matière, l’abstraction, le Japon, l’ombre, la lumière autant de nourritures et de passions profondes qui s’unissent et ouvrent un nouveau dialogue. La matière pleine, charnelle, aux noirs infinis dans lesquels le regard plonge en médiation. Un voyage au relief de pleins et de creux de lignes maitrisées ou fugaces. Le noir comme un écrin offert à l’or, à son éclat opposé et complémentaire. C’est vers le minimaliste que tend l’expression. La matière, les émotions s’expriment hors de toute contrainte dans une forme d’expressionnisme abstrait, un art sensible. À son tour, l’abstraction se nourrit de la mémoire du temps, les techniques ancestrales convoquent les siècles passés. À chaque nouvelle journée son apprentissage, les mains habiles des enseignements reçus et la matière à séduire. Alors se créent les rencontres, les complicités, les connivences ; chaque matière enrichissant l’autre comme les instruments d’un orchestre forment la mélodie. Chercher dans les vieilles techniques, approfondir dans ce sens, laisser aller.

Manuela Pau-Cavallier, photographie Cécile Guyenne
Manuela Pau-Cavallier, photographie Cécile Guyenne

Moteur de création

Comme un chef d’orchestre fait surgir les émotions de la matière instrumentale, Manuela compose ses assemblages. Elle agit sur la matière, fait naitre un ensemble, donne le rythme, la vibration… Un échange à lieu avec la matière qui réagit et ne laisse aucune place aux certitudes. La part de risque induite par la création est elle aussi excitante par le temps suspendu qui sépare l’idée de la réalisation. La matière n’est ni docile, ni inerte, il faut savoir l’écouter, la comprendre, trouver les accords.

L’épure est une muse sévère qui ne pardonne pas le geste bavard… Manuela aime l’idée qu’une œuvre ne se livre pas toute entière au premier embrassement du regard. Suivant le point de vue, la lumière doit dévoiler de nouveaux détails, une nouvelle lecture. « J’aime l’émotion des équilibres, du mouvement, les sensations que font naître les ombres ; la profondeur parfois insondable du noir seulement rompu par la feuille d’or ou un contraste de matité et de brillance. Si le premier semble abyssal le second au contraire nous porte à sa surface. La lumière se détache des ténèbres. L’équilibre de l’ombre et de la lumière, ces mouvements que la matière reçoit et restitue à celui qui la parcourt du regard. Même les figures d’apparence statique impriment le mouvement de leur relation dans l’espace. » La lecture est sensorielle.

Catalogue d'exposition Noir d'Or, Manuela Paul-Cavallier
12 janvier au 30 février 2012

Galerie le Pré au 6
6 rue du pré aux clerc 75007 Paris

     


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