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filmographie et figuration du design

Gainsbourg (la mansarde)


Par Barbara Poirette

Théâtre d’une rupture artistique symbolisée par une flambée fantastique, la mansarde qui servit d’atelier à Serge Gainsbourg a été construite de toute pièce et inspirée à Christian Marti par l’un des ateliers de Picasso situé dans le Marais.



Gainsbourg (la mansarde)

« La mansarde qui servait d’atelier à Gainsbourg, nous l’avons construite et inventée de toutes pièces dans les studios Éclair, à Épinay-sur-Seine. Ce décor devait être le théâtre d’un bouleversement dans la vie de Serge Gainsbourg : c’est là qu’il décide d’abandonner la peinture et de brûler tous ses tableaux. Il n’a jamais brûlé ses œuvres en réalité. Joann a peint des aquarelles que nous avons agrandies et repeintes comme des toiles, dont nous avons fait une dizaine de copies. De même les meubles et les accessoires ont été fabriqués en plusieurs exemplaires de façon à pouvoir faire plusieurs prises de la scène de l’incendie. Avec Claude Vincent, chef constructeur, nous avons fait des essais et choisi des matériaux qui pouvaient résister suffisamment longtemps aux flammes en assurant la sécurité des acteurs et de l’équipe de tournage. »

Gainsbourg (la mansarde)

L’atelier est celui d’un peintre, mais plus que les outils du peintre, ce sont les instruments et les appareils de musique qui ont constitués une recherche exigeante. « Un transistor des années 50, un magnétophone des années 70… autant d’appareils sans rapport avec ce que nous connaissons aujourd’hui. » Il en allait de même avec les instruments de musique, piano, guitare… Cibles des recherches les plus précises, ils étaient porteurs d’une sonorité qui allait avec le design de chacun d’eux et ils devaient exprimer la richesse ou la pauvreté. « Jean-Philippe Reverdot, notre régisseur d’extérieur, a passé plusieurs mois à rechercher un à un les instruments de musique qui apparaissaient dans le film et, lorsque c’était impossible, nous les avons fait fabriquer à partir de documents d’archives. Le cas s’est notamment présenté avec une guitare Gipsy très particulière que possédait Gainsbourg. »

Gainsbourg (la mansarde)

L’une des particularités de ce décor dépourvu de fenêtre consistait en son éclairage zénithal. « Cette spécificité prolongeait l’idée d’un espace structuré par les ombres. Mais nous avons encore appuyé ce principe par la fabrication de fausses ombres. C’est la première fois que nous utilisions ce procédé, pour ma part et je crois plus généralement au cinéma. » Le procédé sera également employé dans la chambre occupée par Serge Gainsbourg à l’hôpital Américain suite à son alerte cardiaque. « Gainsbourg était cardiaque, nous sommes donc partis d’un cœur dont nous avons projeté les ombres sur les murs afin de les structurer. L’effet est à peine perceptible. Il n’est pas là pour être vu mais pour être ressenti. Mon travail consiste aussi à faire naitre des sensations. »

Avec l’aimable autorisation de One World Films