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territoires d'inspiration

Curieux, un état d'esprit


Par Barbara Poirette

Comme un contre point à l'uniformité, les cabinets de curiosités sortent de l'ombre dans laquelle le siècle des lumières les avait plongés. Si l'idée générale s'inspire de la théâtralisation de leur élaboration au XVIe et XVIIe siècle, l'exercice demeure intimement lié au goût et à la personnalité de son créateur. S'il reste à imaginer leur expression contemporaine, les cabinets de curiosité nous offrent de matérialiser notre créativité en toute liberté. Voyage dans les nouvelles curiosités…



Curieux, un état d'esprit
Au commencement, se trouve l'étonnement de ce que les choses sont ce qu'elles sont. Une curiosité de la découverte qui nourrit un goût pour la collection et l'accumulation. Espace encombré d'objets plus bizarres les uns que les autres, à dimension de pièce ou de meuble, le cabinet de curiosité est un exercice de style hérité des XVIe et XVIIe siècles, qui à son tour attise la curiosité. « Apparus avec la Renaissance, cet abrégé hétéroclite rassemblait des éléments issus notamment des sciences naturelles et, déjà, il était motivé par le goût de la collection » évoque Dominique Guéroult, de Deyrolle. La curiosité intellectuelle a très vite laissé place à la recherche esthétique, même s'il s'est toujours trouvé quelques érudits pour cultiver l'art des sciences et de l'étude.

Aujourd'hui, la curiosité nous porte sur d'autres rives. L'accumulation emprunte d'autres styles et le cabinet de curiosité échappe à la forme conventionnelle. Mieux, il incarne une forme d'expression à part entière de notre personnalité, de notre goût pour la collection. Si la forme classique continue de nous séduire et de stimuler la tendance, les mobiliers et objets industriels renouvèlent le genre et nous offrent un formidable réservoir de bizarrerie, de mécaniques fantastiques et de matières brutes. La mythologie nous raconte les tentes glorieuses et explore les temps modernes. A chacun de suivre son lapin blanc…

Curieux, un état d'esprit
Expressions d'une gourmandise intellectuelle et esthétique, nos collections peuvent devenir le fil de la personnalisation de notre intérieur. Toutefois, il ne s'agit pas de détourner un style. Le cabinet de curiosité étant lui même un détournement des réalités du monde. Un havre de connaissance dont le ludique ne doit pas être étranger. Humour et bizarre se livrent à notre goût de l'assemblage. La collecte peut prendre quelques mois ou occuper une vie. Mais le tout ne doit pas disparaître dans le n'importe quoi. Pour François Bernard, « l'accumulation relève d'une culture, d'une collecte, d'un goût du rassemblement à l'intérieur de la maison et d'une expression de soi-même. On peut parler d'un goût quel qu'il soit, le sien ou celui des autres, derrière le goût se cache définitivement la création. »

Le cabinet relève de la rencontre de choses qui par nature ne sont pas faîtes pour aller ensemble mais à qui le collectionneur donne sens. « Le collectionneur était un savant par sa capacité à découvrir, à rapporter, à installer et à conserver des choses, des oiseaux sans pattes, des dents de géants... Aujourd'hui, la méthode n'a pas vraiment changé. La collection peut aller au delà de l'objet et se concentrer sur une couleur. Tout objet de cette couleur devient éligible à la collection, un morceau d'émail, d'étoffe, un verre, une porcelaine, une plume, etc. Les nouvelles clés d'entrée sont nombreuses » développe François Bernard.

Il n'est pas nécessaire de consacrer une pièce à l'exercice. Ce peut être l'occasion de faire disparaître un espace bureau disgracieux dans un encombrement savant et maîtrisé, de rompre la monotonie dans l'ordre rangé d'une bibliothèque, de répertorier dans des tiroirs, des casses d'imprimeur, des boites ou de mettre sous-verre, ici des pierres, du sables, des coquillages, là des dentelles, des cols anciens, des mouchoirs brodés, associés au relief de coiffes régionales... De faire de la curiosité le fil conducteur d'un intérieur en disposant çà et là des objets intrigants. Et comme bien souvent la curiosité mène à l'apprentissage, pourquoi ne pas la faire entrer dans la chambre des enfants, à travers des contes poétiques ou des univers fantastiques.

Instruments de musique, de navigation, machines savantes, étranges mécaniques, animaux de toutes natures et mythologies, œuvres d'art ou objets populaires, meuble d'antiquaires ou de métiers… forment autant de points de départ vers nos mondes intérieurs, nos voyages extraordinaires. Le cabinet de curiosité nous offre une fenêtre avec vue sur nous même !